Société : PUBLICATION D'UN DÉCRET PRÉSIDENTIEL Tout pour changer son nom



Par Meriem OuyahiaQuand on s'appelle Madame Kaka ou Monsieur Boukhris, décliner son identité peut parfois poser quelques petits soucis. Dur, dur de porter des noms loin d'être communs ou, pire encore, injurieux. Parmi ces familles, plusieurs ont fait le choix de changer de nom patronymique.
Tel un boulet, le nom de famille est parfois lourd à porter. Lorsqu'il est assimilé à un personnage connu, cela passe. C'est lorsqu'il a une consonance peu commune que cela peut porter des préjudices psychologiques. S'appeler Boual, Rekhissa ou encore Boukhris n’est pas réjouissant et loin d'être commode. «Je me souviens d'une élève qui portait le nom de Boukhenouna. Elle se faisait très discrète et dès qu'il y avait des disputes entre camarades, elle en prenait pour son nom», raconte Nadia. Et d'ajouter : «Les enfants sont sans pitié entre eux. L'âge ingrat !» Meriem, pour sa part, avait eu comme camarade de classe un Latrache : «C'était clair, dès qu'il était concerné par une altercation, la première boutade était : T'es sourd ou quoi !» «Ma fille a été complexée juste par son prénom qui n'est pas très à la mode.. Dès son premier jour d'école, elle s'est attribué un autre prénom, je ne l'ai su que bien plus tard. Alors que dire quand il s agit d’un nom de famille», relève, de son côté, Aldjia, une fonctionnaire maman de Fulla. Les anecdotes de ce type sont légion dans notre société. Et pour y parer, les parents, ne voulant pas que leurs progénitures souffrent autant qu'eux, entament les démarches de changement de nom. Après avoir dit adieu aux noms de famille «Haloufa», «Serdouk», «Djadja» ou encore «Kouaret», un autre décret présidentiel a été publié le 21 novembre dernier portant changement de nom. Dans ce décret, les membres d'une même famille des wilayas de Annaba et El-Tarf ont rectifié leur patronyme en Souha, un autre nom de famille indécent de la wilaya de Chlef a été modifié pour celui de Zidour, les Gahgouhi de la wilaya de Laghouat ont opté pour le nom Toumi et les Boual de la wilaya de Ghardaïa porteront dorénavant le nom de Ahmadi. Ces familles pour pouvoir changer de nom et avoir en quelque sorte une seconde naissance ont suivi une procédure prévue à cet effet.
Changer de nom : toute une procédure

Chaque personne ayant atteint l'âge de la majorité légale (19 ans) peut présenter au ministre de la Justice, garde des Sceaux, une demande de changement de nom pour des motifs sérieux et objectifs, tels que le fait d'avoir un nom ignominieux, obscène ou à consonance étrangère. A la réception de la convocation concernant sa demande, il s'engage devant le magistrat près le tribunal dans le ressort duquel est situé son lieu de résidence que sa demande de changement de nom ne vise pas à dissimuler une identité suspecte. Selon les informations fournies sur le site Internet du ministère de la Justice, le changement de patronyme doit obligatoirement faire l'objet d'une publicité pour vérifier l'éventualité d'une opposition, et ce, dans un délai de six mois. Le tiers peut, par le biais d’une lettre adressée au ministre de la Justice, garde des Sceaux, former opposition durant cette période à compter de la date de publication de l’annonce dans les journaux quotidiens. A l’expiration de ce délai, les dossiers complets sont soumis à une commission interministérielle composée de représentants des ministères de la Justice, de l'lntérieur et des Collectivités locales, laquelle commission est chargée aussi d'examiner les oppositions formées par les tiers à l'encontre de l'auteur de la demande. Le changement de nom s'effectue pour les personnes dont les demandes sont recevables, en vertu d'un décret présidentiel promulgué par le président de la République, et publié au Journal officiel. Par la suite, il est procédé à la rectification des états civils (naissance et mariage) du porteur du nouveau patronyme (nom) et de ses enfants à la demande du procureur de la République dans le ressort duquel se trouve le lieu de naissance de l'intéressé. Selon le département de Tayeb Belaïz, en quatre ans, des dizaines de décrets présidentiels comportant 1 243 nouveaux noms de famille ont été signés et publiés au Journal officiel. 17 autres décrets présidentiels concernant 1 930 nouveaux noms de famille sont prêts et seront soumis prochainement au président de la République pour signature. Ces dernières années, les services des juridictions compétentes ont procédé au changement de plus de 3 700 noms de famille, des patronymes considérés comme injurieux par les concernés et qui étaient imposés par l'administration coloniale.
Un petit cours d'histoire

Après plusieurs tentatives infructueuses (en 1854 et 1873), c'est la loi du 23 mars 1882 votée à l'Assemblée française qui rend obligatoire, pour l'ensemble de la population indigène d'Algérie, I'inscription à l'état civil des actes de mariage, de naissance, de décès et d'un nom patronymique. A l'exception notable des populations des régions du Sud qui avaient gardé leurs noms d’origine. Tous les Algériens devaient adopter un patronyme, et ce, pour faciliter leur identification par l’administration coloniale. Auparavant, les familles étaient désignées par le prénom du patriarche. Dans son one man show, Fellag décrit fort bien la procédure de désignation des noms de famille par l’administration coloniale. Au «pif», peut-on résumer la démarche ! C’est de cette façon que des noms patronymiques ont été attribués en déformant volontairement ou intentionnellement des noms originels. Cela s’est traduit par des noms de famille des plus singuliers. Les administrateurs qui attribuaient les noms se basaient, selon les historiens, sur la toponymie des lieux, les métiers ou dans le répertoire de noms d’éléments naturels, de plantes et d’animaux.
M. O.

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